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    Picsou vs Alien

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    Wolfram & Hart
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    Picsou vs Alien

    Message  Wolfram & Hart le Jeu 5 Avr - 15:23

    J'avais envie d'intituler cette histoire "Picsou vs Alien", mais cela eut été un peu réducteur, ce n'est pas si simple que çà. Cependant, il y a de çà ; l'univers Disney, pur et innocent se retrouvant confronté à l'horreur et à la cruauté des aliens.


    Pour écrire cette histoire, je me suis essentiellement basé sur l’œuvre de Carl Barks et Don Rosa, qui ont établi le « canon » de l’univers des Duck. Cela signifie que les histoires publiées par les italiens comme Romano Scarpa ou les scandinaves comme Flemming Andersen , pourtant très talentueux, sont « apocryphes ». Je me suis donc résolu à m’ajuster sur le « canon » Barkso-Rosien.
    Je me suis aussi basé sur Alien, que Ridley Scott fut le premier à représenter d’après l’œuvre du génial artiste suisse Hans Ruedy Giger, ainsi que sur les autres films, BD et romans qui ont développé le thème.
    En faisant se rencontrer le monde innocent des Duck et celui froid et cruel des Aliens, j’ai voulu provoquer un choc dans la trame du multivers, j’espère avoir réussi.

    Voyage à travers la singularité
    À des millions d’Unités Astronomiques (*) de notre monde, une singularité s’était formée. Une singularité banale oserais-je dire, même si c’est un peu paradoxale, mais il s’agissait d’une singularité parmi des myriades d’autres singularités parsemant l’univers.
    Cette singularité se trouvait sur la route d’une certaine météorite qui s’en approchait de plus en plus, elle en était à un peu plus de 1000 UA (*), qu’elle commença à en subir l’influence ; elle se déforma comme de la pâte à modeler, puis elle s’étira à l’infini, pour former un fil plus fin qu’un fil de toile d’araignée, avant de s’enfoncer au milieu de la singularité comme une flèche au centre d’une cible.
    La météorite réapparut de l’autre côté de la singularité, plus exactement, elle fut comme expulsée comme un jet d’eau, puis elle reprit lentement sa forme à mesure qu‘elle s‘éloignait du trou noir. Elle était arrivée dans un autre univers très semblable à celui qu’elle venait de quitter, très semblable mais à la fois très différent (*). Bien que sur le moment, en plein espace, il était difficile de s’en rendre compte.
    Elle ne tarda pas à s’approcher d’un système solaire similaire au nôtre. Il s’agissait en fait du nôtre, mais sur un autre plan de la réalité. On pouvait noter quelques petites différences ; par exemple, il y avait une deuxième lune qui gravitait derrière la première, étant ainsi invisible depuis la terre. Cette lune était bien plus petite, mais elle était en or massif de 24 carats. Ce n’était pas la seule différence avec le système solaire de notre univers, on pouvait aussi remarquer l’absence de Mercure, Saturne et Uranus.
    En pénétrant l’atmosphère de la terre, la météorite se mit à rougeoyer et devint incandescente. À quelques kilomètres du sol, elle s’enflamma comme une torche. Des astronomes la repérèrent, mais n’y prêtèrent guère attention, persuadés qu’elle se désintègrerait avant de toucher la terre, comme n’importe quelle autre météorite, mais ce n’était pas une météorite ordinaire.

    Une sacrée trouvaille
    Les quatre frères Rapetou (*), 176-167, 176-617, 176-716 et 176-671 rentraient à leur repaire après un vol de pneus dans une casse de voitures. Chiens anthropomorphes (*) vêtus de leurs éternelles tenues de prisonniers ; pulls oranges avec leurs numéros imprimés sur la poitrine, pantalons bleus, casquettes vertes et surtout, les masques noirs qu’ils ne retiraient jamais et avec lesquels ils dormaient et prenaient leur douche.
    Ces masques intriguaient beaucoup de monde, et rares étaient ceux qui ne se posaient pas de question là-dessus. Certains pensaient même qu’ils étaient une partie d’eux, et qu’ils ne pouvaient pas les retirer, ce qui, bien sûr, était faux.
    En fait, cela remontait à l’époque où ils avaient été embauchés par Porker Hogg, un cochon anthropomorphe, escroc notoire sévissant dans les tripots et les salles de jeux de Louisville dans le Kentucky. Il leur avait fourni des masques noirs de Mardi-Gras qu’il avait eu trois semaines plus tôt à la Nouvelle Orléans. L‘idée plut aux Rapetou au point qu’au début ils se faisaient appeler « le Gang du Mardi-Gras ».
    Bizarrement, même quand ils eurent cessé de travailler pour Porker Hogg, ils continuèrent à porter ces masques, pourtant, ils ne servaient à rien puisque tout le monde les connaissait.
    Dès que Balthazar Picsou (*) commença à devenir riche, ils n’eurent de cesse de s’emparer de sa fortune. Au fil du temps, on vit même des alliances se nouer entre eux et d’autres ennemis du canard super-ultra-archi milliardaire. En attendant, il fallait bien manger, et les petits larcins, comme le vol de ces pneus à moitié usés leur permettaient de gagner leur vie malhonnêtement.
    Durant le trajet, ils virent quelque chose dans le ciel, une météorite qui pénétrait dans l’atmosphère en laissant une trainée de feu derrière elle. Elle produisait un bruit ressemblant à celui d’un avion supersonique qui s’amplifiait à mesure qu’elle approchait.
    « Regardez, les frangins, dit 176-167, on dirait une météorite. ».
    « Elle va tomber derrière la Dent du Diable. » Dit 176-617
    La météorite tomba effectivement derrière la montagne de la Dent du Diable, et le bruit d’une explosion se fit entendre.
    « C’est tout près, allons voir. » Dit 176-716
    Pied au plancher, ils poussèrent leur vieille camionnette dans la direction du bruit de l’explosion, et peu après, ils arrivèrent au bord du cratère qu’avait formé la météorite en s’écrasant au sol. Ils descendirent tous trois du véhicule et vinrent se tenir sur les bords du trou encore fumant.
    La fumée finit par se dissiper, et ils purent distinguer la météorite qui refroidissait. Elle était cassée dans son milieu, et l’on pouvait apercevoir quelque chose à l’intérieur.
    « Vous avez vu çà ? On dirait qu‘il y a un truc dedans. » Dit 176-671
    « Çà doit venir d’une autre planète, répondit 176-716 , soyons prudents. »
    « Çà coûte rien de jeter un œil ! » Dit 176-167 en sautant dans le cratère, qui devait faire une dizaine de mètres de diamètre sur 4 ou 5 de profondeur.
    « Fais attention ! » Lui crièrent ses frères.
    « Ouch ! Ouch ! Çà brûle ! S’exclama 176-167 en sautillant, néanmoins, il s’approcha de la météorite. « Ah, je le vois ! » S’écria-t-il.
    « C’est quoi ? » Demandèrent les autres.
    « Çà ressemble à un œuf de Pâques. »
    « Ramènes le ! » lui dit 176-617
    « Non ! S’écria 176-716 , c’est peut être dangereux. »
    « Froussard ! » Le nargua 176-671 en ricanant, puis à l’adresse de 176-167 : « Vas-y, frérot, ramènes le, on pourra le revendre et se faire des sous. Mais il faut se grouiller avant que quelqu’un d’autre arrive. »
    176-167 posa la main sur l’œuf et constata qu’il était froid. Il était d’une couleur verdâtre, il avait la taille d’un ballon de plage ; au toucher, la surface ressemblait à du cuir, le sommet était formé de quatre pétales qui ressemblaient à deux paires de lèvres croisées, et à sa base se trouvaient des sortes de tentacules d‘une cinquantaine de centimètres ressemblant à des racines. Le Rapetou le trouva visqueux, et son aspect un peu répugnant, cela ne le rebuta pas car il le prit sans hésiter et le remonta du cratère.
    « Il y a des laboratoires qui paieraient cher pour l’avoir, leur dit il, tirons nous, je crois que j’entends une voiture. »
    Ils remontèrent dans la camionnette, 176-167 prit l’œuf sur ses genoux avec un sourire presque maternel, et 176-671, qui s’était installé au volant, démarra en trombe.

    Parenthèse
    Maintenant, si vous les voulez bien, ouvrons une parenthèse ; je m’apprêtais à continuer le récit sur sa lancée, mais si je veux qu’il soit compréhensible de tous, je me dois de donner quelques explications. En traversant la singularité, ou le trou noir pour parler plus simplement, la météorite avait franchi un passage menant de notre univers à un univers parallèle, comme nous l’avons vu au début (2).
    Dans cet univers parallèle, on y trouvait une terre parallèle, peuplée de créatures civilisées, et bien qu’il existât chez elles de nombreuses similitudes avec nous, elles n’étaient pas toutes humaines. La plupart étaient des animaux anthropomorphes, essentiellement des chiens, comme les Rapetou, des cochons, mais aussi des vaches, des chevaux, des chèvres, des boucs, des chats, des souris, des rats, et une grande quantité d’oiseaux comme des perroquets, des poules, des oies et des canards.
    Dans cette curieuse société, humains et animaux anthropomorphes cohabitaient en parfaite harmonie, les différences d’espèces étaient complètement ignorées, comme si elles n’existaient pas, d’ailleurs, elles n’étaient pratiquement jamais évoquées. On voyait même parfois des couples mixtes humains-animaux anthropomorphes, et çà ne causait aucun problème, les enfants qui naissaient de ces unions étaient soit humains soit animaux anthropomorphes, que le conjoint fut un mammifère ou un ovipare. De toute façon, c’était très rare, car les vrais humains étaient peu nombreux dans ce monde, ils ne se sentaient pas vulnérables ou en infériorité pour autant.
    Bizarrement, humains et animaux anthropomorphes se qualifiaient tous d’humains, d’hommes ou de femmes, même s’ils avaient un bec, un museau, seulement quatre doigts à chaque main (comme tous les animaux anthropomorphes) ou les pieds palmés.
    Vous l’aurez reconnu, il s’agissait de l’univers Disney, plus précisément celui des Duck, nommé d’après la plus fameuse famille de ce monde, celle à laquelle appartenait Donald Duck.
    Dans notre monde, les personnages de l’univers des Duck sont totalement imaginaires, mais sur un autre plan de la réalité, ils existent bel et bien. D’ailleurs, si la tradition juive attribue à une histoire plusieurs degrés de réalité, lui autorisant d’être fausse aux premiers mais d’être vraie aux suivants, cela prouve que les sages d’autrefois avaient saisi ce subtil concept de réalité parallèle.

    C’était donc dans l’univers de Duck que notre météorite avec son œuf suspect s’était retrouvée, elle s’était écrasée sur la terre, aux abords d’une ville appelée Donaldville (*), derrière le mont de la Dent-du-Diable, près de la rivière Tulebug dans le Calisota, un des cinquante et un états des États-Unis de ce monde, situé entre la Californie et l’Oregon.
    Ne cherchez pas, le Calisota n’existe pas dans notre monde, où les États-Unis n’ont que cinquante états.
    Si le cœur vous en dit, reprenons donc le fil de notre histoire.

    Mauvaise surprise
    Donald Duck rentrait de la pêche avec ses neveux, Riri, Fifi et Loulou (*), dans sa vieille 313 exigüe. Je pense qu’ils sont suffisamment connus pour ne pas avoir à les présenter. Néanmoins, il subsiste de nos jours de malheureux ignorants qui ne les connaissent pas, aussi tâcherai-je d’en faire une description sommaire.
    Ils étaient tous quatre des canards anthropomorphes au blanc plumage, Donald était vêtu de son éternelle vareuse et de son béret de marin, Riri, Fifi et Loulou, quant à eux portaient tous trois un pull noir et une casquette. Il s’agissait de triplés, ils se ressemblaient parfaitement, pratiquement rien ne les distinguait hormis la couleur de leurs casquettes, l’une était bleue, l’autre rouge et la troisième verte.
    Ils étaient plus petits que leur oncle, ils devaient avoir dix ou douze ans, du moins, en apparence, car il est toujours difficile de donner un âge à un habitant de l’univers des Duck. Quant à Donald, il pouvait avoir vingt, trente ou quarante ans maximum, cela n‘a jamais été très bien défini.
    Une des particularités de certains oiseaux anthropomorphes, entre autres les canards ainsi que les poules, les jars et les oies anthropomorphes, c’était qu’ils ne se vêtissaient que le haut du corps, la plupart du temps, ils ne portaient ni pantalon, ni robe ni chaussures (sauf dans certaines circonstances, comme lorsqu'ils sortaient de la douche, curieusement, ils se couvraient le bas du corps avec une serviette par pudeur). Cela n’empêchait pas aux convenances d’être sauves, car leur plumage faisait office de vêtements et comme chacun le sait, chez les oiseaux certaines choses ne sont pas apparentes comme chez les mammifères.
    Revenons donc, je vous prie, à notre récit : Donald et ses neveux rentraient de la pêche quand ils aperçurent le cratère qu’avait formé la météorite en s’écrasant.
    « Çà doit être la météorite que nous avons vue tout à l’heure. » Dit Riri.
    Donald s’arrêta à côté, et ils descendirent de voiture. Au fond de son cratère, l’aspect de l’objet était étrange, surtout sa couleur, dans des tons grisâtres inhabituels dans cet univers. Tous quatre ressentirent un malaise, ténu et inexplicable.
    « Elle est cassée, on dirait qu‘elle est creuse. » Remarqua Donald.
    « Il devait y avoir quelque chose dedans. » Dit Fifi.
    « En tous cas, répondit Loulou, s’il y avait quelque chose dedans, il y a quelqu’un qui l’a pris. »
    « Le Manuel des Castors Juniors ne mentionne aucune météorite de ce genre. » Déclara Riri en consultant le précieux livre, qui était un condensé de la Bibliothèque d'Alexandrie remis au goût du jour.
    « On devrait prévenir l’observatoire de Donaldville. » Suggéra Loulou, alors ses frères ainsi que leur oncle Donald se rangèrent à cet avis, et ils remontèrent dans la 313 pour retourner chez eux à Donaldville et téléphoner à l‘observatoire.
    Sur le trajet, ils virent une camionnette qui était rentrée dans un arbre et quelqu’un qui leur faisait signe d’arrêter. En approchant, Donald et les enfants le reconnurent ; « Un Rapetou ! » s’écrièrent ils ensemble. Donald voulut accélérer, mais le Rapetou avait posé ses mains sur le capot en criant : « Non, Donald ! On vous veut pas de mal, on a besoin d’aide, je t’en supplie ! » Il y avait un accent de détresse dans sa voix qui ne laissa pas Donald indifférent.
    « Qu’est-ce qui se passe ? » Demanda-t-il d’un air soupçonneux.
    « Il est arrivé quelque chose à l’un de mes frères, viens voir. »
    « N’y va pas, Onc’ Donald ! Lui crièrent les enfants, c’est sûrement un piège ! »
    « Je vous jure que non, protesta le Rapetou, on a vraiment besoin d’aide. »
    « Alors on vient aussi. » Déclarèrent les neveux de Donald.
    « Certainement pas ! S’exclama celui-ci, vous allez me faire le plaisir de rester dans la voiture ou gare à la fessée ! »
    Riri, Fifi et Loulou se renfrognèrent et obéirent en maugréant.
    Donald suivit le Rapetou jusqu’à la camionnette, et il vit 176-167 inanimé sur le siège du passager avec une chose bizarre sur la figure. Çà ressemblait à un masque informe de couleur rosâtre qui palpitait comme un être vivant.
    Donald eut un frisson en voyant cette chose, comme quand il avait vu la météorite dans le cratère. « Qu’est-ce que c’est ? » Demanda-t-il.
    « On n’en sait rien, c’est sorti de cet œuf répondit 176-716 en désignant l’œuf en question qui avait été jeté d’urgence dans le fossé, on l’a trouvé dans la météorite qui s’est écrasée près de la Dent du Diable tout à l’heure. Je lui avait dit, pourtant de se méfier, mais il a fallu qu’il le ramène. » Donald s’approcha de l’œuf, en le voyant de plus près, il éprouva à nouveau un sentiment de malaise et recula aussitôt.
    « On a vu la météorite dans son cratère en passant. C’est bien de là que venait cet œuf ? » Demanda-t-il.
    « Oui, il l’a remonté du cratère et l‘a posé sur ses genoux, continua le Rapetou, pendant qu’on roulait, ce truc en forme d’araignée en est sorti et lui a sauté à la figure. Çà s’est passé tellement vite qu’on n’a pas eu le temps de réagir. Notre frère se débattait pendant qu‘on essayait de lui retirer, mais la chose a huit grandes pattes griffues qui ont agrippé sa tête et une longue queue qui s’est enroulée autour de son cou. Il a fini par perdre connaissance, et depuis, ni lui ni la chose n’ont bougé. »
    « En tous cas, constata Donald en voyant la poitrine du Rapetou se soulever, il respire encore. C’est étrange, il devrait être étouffé. »
    Soudain, il entendit la voix de Riri disant : « Çà doit être un genre de parasite. »
    Donald se retourna et explosa de colère en voyant que ses neveux avaient, une fois de plus, désobéi : « Retournez immédiatement à la voiture, bande de petits scorpions ! » Cria-t-il en trépignant et en agitant les poings.
    « Vous vous disputerez plus tard ! Intervint l’un des Rapetou, il faut s’occuper de notre frère, et notre camionnette ne roule plus. »
    « Je vais le conduire à l’hôpital, répondit Donald, rejoignez nous en auto-stop. »
    Les Rapetou chargèrent leur frère inconscient dans la 313, sur le siège du passager avant, et les enfants s’assirent à l’arrière. Donald leur dit de mettre l’œuf dans le coffre pour le montrer aux médecins. Il se sentait déjà mal à l’aise avec cette affreuse créature en forme d’araignée collée au visage du bandit, il ne voulait pas de l’œuf qui lui avait donné naissance en plus à côté de lui, aussi mit-il la palme au plancher pour arriver le plus vite possible.

    Hôpital de Donaldville
    176-167 était allongé sur un lit d’hôpital entouré d’un groupe de savants en blouses blanches, des chiens, des cochons et des oiseaux anthropomorphes, tous plus farfelus les uns que les autres. Chacun y allait de sa théorie et de son commentaire en examinant le sujet et la créature accrochée à son visage.
    Donald, ses neveux et les trois autres Rapetou attendaient dans un coin de la pièce, ne pouvant rien faire d’autre que d’assister en silence à ce débat d’érudits.
    « Voyez vous, chers confrères » dit l’un des savants, un grand canard anthropomorphe avec une tignasse ébouriffée, un large bec et une énorme paire de lunettes, « il s’agit manifestement d’un organisme parasite, sur cette radiographie nous pouvons voir que la créature a introduit une sorte d’appendice dans la gorge du sujet qui descend jusqu’au niveau du sternum. »
    « Comment le sujet peut-il respirer ? » Demanda un de ses pairs, un chien anthropomorphe chauve, petit, trapu, avec une grosse paire de lunettes de myope et une longue barbe blanche.
    « Il semble que la créature utilise son appendice pour alimenter l’hôte en oxygène et le garder en vie. »
    Pendant ce temps, un des savants, un chien anthropomorphe grand, maigre, avec de longues oreilles tombantes, des lunettes rondes et une grosse paire de moustache examinait l’œuf à la loupe.
    « Il s’agit de trouver un moyen de délivrer le sujet de cette chose, continua le canard anthropomorphe, toutes nos tentatives pour lui retirer n’ont fait qu’aggraver les choses ; les pattes et la queue ont resserré leur prise, autour de sa tête et de son cou, et nous avons du arrêter pour ne pas que le sujet ait le crâne broyé ou qu’il soit étranglé. »
    Ils débattirent encore un moment, puis, d’un commun accord décidèrent de couper les pattes de la créature pour libérer le Rapetou.
    On leur amena un plateau contenant un choix d’instruments divers, le canard anthropomorphe se saisit d’une grosse pince coupante et s’apprêta à sectionner une des pattes de la créature.
    Mais à ce moment précis, la créature frétilla et changea brusquement de couleur, passant du rosâtre au gris terreux en quelques secondes. Les pattes et la queue relâchèrent leur prise, libérant la tête et le cou du Rapetou qui se réveilla. Il arracha la dépouille de la créature de son visage et s’écria : « Où suis-je ? Qu’est-ce qui se passe ? »
    « Frérot ! S’écrièrent ses frères, comment vas tu ? »
    « Çà va, je me souviens que quelque chose m’a sauté à la figure et puis plus rien, c’est le trou noir. »
    « Tu es resté inconscient plusieurs heures, avec cette saleté collée à la figure, puis elle est partie toute seule. Tu as faim ? »
    « J’ai une faim de loup ! » Répondit il.
    On lui amena à manger, il dévora avidement le contenu du plateau en quelques minutes et il en réclama un autre, qu’il fit disparaitre de la même manière que le premier avant d’en demander un troisième.
    « Tu ne crois pas que tu as assez mangé ? » Lui demanda un de ses frères.
    « Non, j’ai encore faim, répondit 176-167, je n’ai jamais eu aussi faim de ma vie. » Et il continua à se bâfrer sans avoir l’air de vouloir s’arrêter.
    Pendant qu’il mangeait, les savants se livraient à des examens et des analyses diverses, lui prenant sa tension, écoutant son cœur au stéthoscope, examinant sa rétine, l’intérieur de son oreille etc. ce qui ne perturbait pas le Rapetou qui n’interrompit pas son festin pour autant.
    « Il se peut que la créature n’ait pas supporté les conditions terrestres, dit le canard anthropomorphe, votre frère semble tiré d’affaires. »
    « Je peux partir, alors ? » Demanda 176-167.
    « C’est que, nous aimerions vous garder en observation encore quelques temps, ce serait plus prudent, nous ne savons rien de cette forme de vie. »
    « Je me sens parfaitement bien ! Protesta le Rapetou, où sont mes vêtements ? »
    Alors, impuissants à le retenir, les savants durent se résigner à le laisser partir avec ses frères.

    Killmotor
    La colline de Killmotor surplombait la ville de Donaldville qui s’était développée autour. Auparavant, elle s’appelait Killmull. Elle avait été rebaptisée en 1902, le jour où l’automobile de Balthazar Picsou, une des premières à avoir été construites, tomba en panne d’essence à son sommet et dévala toute la pente pour finir dans le champ de maïs d’Elvire Ecoutum.
    À l’époque, au sommet de la colline se dressait Fort Donaldville, qui à l’origine s’appelait Fort Drake Borough, car il avait été fondé par le corsaire Britannique Sir Francis Drake le 17 juin 1579, quand il découvrit le Calisota. Une petite précision : Sir Francis Drake a existé dans ce monde comme dans le nôtre, et curieusement, dans ce monde, il était un canard anthropomorphe de la même morphologie que Donald Duck.
    Dans la réalité parallèle des Duck, on trouvait le double de beaucoup d’habitants du nôtre, mais bien souvent sous un aspect d’animal anthropomorphe. Dans ce monde là, Sir Francis Drake était un canard anthropomorphe, le président Théodore Roosevelt un chien anthropomorphe, par contre Jeanne d’Arc ou Napoléon Bonaparte étaient d’authentiques humains, allez savoir pourquoi…
    De toute façon, au cours de ce récit, nous aurons l’occasion d’explorer et de découvrir d’autres caractéristiques de cet univers fascinant, en attendant, reprenons le cours de notre histoire.
    Le Fort Drake Borough avait été cédé par les britanniques en 1818 à Cornélius Écoutum, un aventurier américain jars anthropomorphe, et celui-ci l’avait rebaptisé Fort Donaldville.
    Plus tard, Jules Écoutum, son descendant se retrouva au Yukon complètement ruiné et il vendit le titre de propriété de Fort Donaldville à Balthazar Picsou, qui en prit possession quelques années après. C’était là, sur l’emplacement de Fort Donaldville autour duquel allait croître et prospérer Donaldville, que le milliardaire écossais, canard anthropomorphe d’un certain âge, taille : approximativement un mètre cinquante avec des favoris et une paire de lorgnons, avait bâti son célèbre coffre ; un grand cube de 43 mètres de hauteur et 40 mètres de largeur dominant les environs de sa masse imposante.
    Sa façade était frappée du $ barré géant symbolisant le dollar, et sur les côtés, il y avait des affiches disant : Bas les pattes ! ou bien Décampez ! Il était constitué de onze étages, d'un sous-sol et du coffre à liquidité, là où était entreposée une partie de sa fortune, 300 mètres cube de pièces de monnaie et de billets de banques sur une épaisseur de 30 mètres. Cela ne représentait qu’une partie de sa fortune, le reste était réparti dans des banques et des actions en bourses. La totalité représentait cinq cent triplicatillions multipludillions quadruplications centrifugalillions de dollars et 16 cents.
    Il avait constitué cette faramineuse fortune au fil des années, en commençant par cirer des chaussures à Glasgow dans son Écosse natale, puis en prospectant de l’or au Yukon et en Australie, des diamants au Transvaal, en fouillant des épaves aux Caraïbes, en pêchant des perles dans le Pacifique etc.
    Au début, Balthazar Picsou entreposait son argent dans des tonneaux, ce qui lui permettait déjà de s’y baigner, mais les tonneaux n’étaient pas bien spacieux, et il ne pouvait pas s’y ébattre comme il aurait voulu.
    À présent, il disposait d’un dépôt de la taille d’une piscine olympique, d’un plongeoir, et chaque jour il piquait une tête dans son argent avec un maillot de bain rayée à l‘ancienne, qui recouvrait tout le corps, et il s'y ébattait avec autant d’aisance qu’un poisson dans l’eau. On se demandait souvent comment il arrivait à nager dans cette masse de pièces de monnaies, cela étonnait beaucoup de monde. Les Rapetou avaient un jour essayé d’y plonger comme lui, ils n’avaient réussi qu’à se fracasser le crâne. Enfin, bref.
    Quand il avait fini, il prenait une douche de louis d’or pour se rincer, puis il revêtait son éternelle redingote rouge, ajustait des guêtres autour de ses pieds palmés puis, coiffé de son chapeau haut-de-forme, il saisissait sa canne et sortait de son coffre d’un pas décidé.
    Toute cette fortune attirait la convoitise des malfaiteurs de tout poil. Les plus souvent, c’étaient les Rapetou et Miss Tick (*). Nous connaissons les Rapetou, mais nous ne connaissons pas encore Miss Tick, laissez moi vous la présenter : c’était une sorcière, cane anthropomorphe, qui vivait avec son animal de compagnie le corbeau Algorab, dans la baie de Naples, dans un petit chalet sur les flancs du Vésuve. Contrairement aux Rapetou et aux voleurs ordinaires, la fortune de Picsou ne l’intéressait pas, tout ce qui comptait pour elle, c’était son fameux sou-fétiche, un « dime » américain de 1875, le premier sou qu’avait gagné Picsou en cirant des chaussures quand il était enfant, à Glasgow dans son Écosse natale.
    Depuis des années, Miss Tick essayait de voler le sou-fétiche de Balthazar Picsou, elle comptait le faire fondre dans la lave du Vésuve, selon un rituel inventé par la déesse Circé, et en faire une amulette. Cette amulette était sensée lui donner les pouvoirs du roi Midas, celui de transformer en or tout ce qu‘elle toucherait. Selon elle, le sou de Picsou était chargé de puissance, parce qu'il contenait les vibrations psychiques qu’il avait accumulées au cours de son existence d‘homme d‘affaires.
    Ce sou, que Picsou conservait sous un globe de verre dans ses appartements privés, l'avait suivi absolument partout, du Klondike à l’Australie en passant par l’Afrique du Sud et le Tibet. Au fil des ans, il avait engrangé un pouvoir très puissant, un pouvoir qu’aucun autre objet à sa connaissance ne possédait, et c’était pour cela que Miss Tick le convoitait. Nous reviendrons sur elle plus tard.
    Outre les Rapetou, Miss Tick et autres hors-la-loi, il y avait aussi une foule de démarcheurs et d’escrocs divers qui tentaient d’approcher Picsou, dans l’espoir de lui arracher un peu d’argent par un moyen ou par un autre, et se révélaient aussi nuisibles que les malfaiteurs. C’est pourquoi, Picsou avait du prendre tout un tas de mesures pour protéger ses biens.
    Il avait entouré la colline de Killmotor d’un grillage à sa base et de barbelés à mi-hauteur, avec des pancartes où était écrit en grosses lettres : Fichez le camp ! Oust ! Du balai ! Filez ! etc.
    Le chemin qui menait au coffre ainsi que la pelouse alentour étaient parsemés de pièges ; chaussures géantes au bout de jambes mécaniques ou bras articulés et mains géantes armées de tapettes à mouches géantes qui surgissaient du sol pour botter le train des indésirables, ou les aplatir, ainsi que des trappes s’ouvrant sur des cuves d’huile de putois ou de fourmis rouges.
    Inutile de préciser que le bâtiment ne manquait pas d’alarmes électroniques, Géo Trouvetou (9) en avait mise une au point qui distinguait les différentes sortes de menaces, ainsi, il y avait une alarme spécifique aux Rapetou, une autre à Miss Tick, une autre aux représentants et aux démarcheurs etc. là, ce fut précisément l’alarme anti-Rapetou qui se déclencha.
    Picsou sortit précipitamment de sa piscine d’argent liquide, se saisit de son tromblon accroché à un mur et craqua une allumette, prêt à bouter le feu à un canon pointé vers l’extérieur par la fenêtre du 11e étage.
    Pour la Nième fois, les Rapetou se lançaient à l’assaut de son coffre, et pour la Nième fois, Picsou s’apprêtait à les repousser. Ils n’avaient pas perdu de temps, 176-167 était à peine sorti de l’hôpital, après être resté inconscient plusieurs heures avec un parasite extraterrestre collé à la figure, que déjà il reprenait ses activités habituelles. Il avait l’air de s’être très bien remis de sa mésaventure, d’ailleurs, il n’y pensait plus du tout.
    Les Rapetou connaissaient tous les pièges de la colline Killmotor et savaient les esquiver. Ils parvinrent en un rien de temps au pied du coffre, et à l’aide de lance-grappins à air comprimé volé à Géo Trouvetou, ils escaladèrent habilement chacun une façade. Ils étaient devenus des athlètes accomplis avec tous ces cambriolages ratés qui parsemaient leur carrière.
    176-167 rentra par la fenêtre du 11e étage, et Picsou l’accueillit en lui collant le canon de son tromblon sur le museau. 176-167 écarta l’arme archaïque en ricanant et lui dit : « Tu as perdu, vieux grigou, tu es fait comme un rat. » En effet, les trois autres Rapetou s’étaient eux aussi introduits dans le bâtiment et ils avaient rejoint leur frère.
    Se voyant ainsi cerné, Picsou jeta son tromblon par terre avec un cri de rage, et il leur dit : « Vous ne vous en sortirez pas comme çà ! »
    « Attachons le, dit 176-617, comme çà, nous pourrons travailler tranquillement. »
    176-671 installa Picsou de force sur une chaise, 176-167 avait ramené une corde et s’apprêtait à le ligoter quand il s’arrêta dans son geste. Son visage s’était figé dans une expression étrange, il devint tout pâle et se crispa comme s’il était frappé d’une douleur soudaine.
    « Qu’est-ce qui t’arrive ? » Lui demanda 176-671.
    « Je… je sais pas, répondit 176-167, j’ai du manger un truc qui passe pas. » D’un seul coup, il se plia en deux en poussant un cri.
    « Frérot ! » S’exclamèrent les autres Rapetou.
    176-167 tomba sur le sol en se tordant de douleur. « Mon dieu que j’ai mal ! S’écria-t-il, qu’est-ce qu’il m’arrive ? » On sentait de la peur dans sa voix.
    Ses frères vinrent à son secours, et Picsou lui-même, dans un élan de solidarité se précipita sur lui et le prit par les épaules. Il y avait vraiment de quoi s’inquiéter, le Rapetou suffoquait, transpirait et son visage devenait écarlate « Faites quelque chose, par pitié ! » Supplia-t-il d’une voix étouffée. Picsou se tourna vers les frères du Rapetou et leur cria : « Ne restez pas ici, bon sang, appelez une ambulance ! »
    176-617 décrocha le téléphone et commença à composer le numéro de l’hôpital en tremblant, mais il n’eut pas le temps de le terminer que son frère poussa un hurlement horrible, tel qu’aucun habitant de l’univers des Duck n’en avait jamais entendu jusque là, et il fut agité de violentes convulsions. Picsou et les autres tentèrent de le maintenir, mais il se débattait tellement qu’ils durent lâcher prise.
    Soudain, le corps de 176-167 se cambra en formant un arc, de sorte que seuls sa tête et ses talons touchaient le sol, et il avait les yeux exorbités et la bouche tordue par un rictus de douleur intense. Alors l’impensable arriva ; l’espace d’un instant, sa poitrine sembla se déformer, comme si quelque chose cherchait à en sortir en étirant le numéro de matricule cousu sur son pull, puis elle éclata dans une gerbe de chair, de sang et d’os, on aurait cru qu’une charge explosive avait été placée à l‘intérieur.
    Jamais l’on avait assisté à une scène aussi horrible dans l’univers des Duck, Picsou et les autres Rapetou étaient couverts de sang et de fragments du corps de 176-167. Au milieu du trou béant dans la cage thoracique du Rapetou, qui était retombé et dont le visage était devenu verdâtre et les yeux vitreux figés dans une expression d’intense horreur, ils eurent à peine le temps d’entrevoir une créature d’environ cinquante centimètres ressemblant à un serpent, de couleur rosâtre, avec une tête allongée sans yeux et une petite mâchoire à dents pointues.
    La vilaine créature ne s’attarda pas, elle sauta hors de la poitrine du malheureux Rapetou en poussant un cri aigu et sauta par la fenêtre. Picsou se précipita dans le vain espoir de l’attraper, mais elle s’était enfuie en rampant prestement sur le mur comme un lézard. Il la vit arriver au sol et descendre la colline Killmotor en serpentant en direction du centre-ville.
    « Cette créature est dangereuse, dit Picsou, je dois prévenir les autorités. » Il décrocha le téléphone et appela la Police, quant aux Rapetou, ils ne réagirent même pas, ils étaient agenouillés autour du corps de leur frère avec un air hébété.

    Fait divers inhabituel
    C’était un spectacle banal ; les appartements de Balthazar Picsou, la police embarquant les Rapetou menottés, des agents prenaient des photos tandis que l’inspecteur parlait avec Picsou. Un spectacle banal, dans des circonstances qui l’étaient beaucoup moins, car au milieu de la pièce se trouvait un drap recouvrant quelque chose, on devinait une forme anthropomorphe, avec une grosse tâche rouge à l’emplacement de la poitrine.
    Des officiers de police scientifique et le médecin coroner étaient assemblés autour de la forme drapée sur le sol, aucun d’eux n’osait soulever la toile.
    « Là-dessous, il y a vraiment un… mort là-dessous ? » Demanda un des agents, un chien anthropomorphe aux cheveux frisés et revêtu d’une blouse blanche, en murmurant presque le dernier mot. Le mot « mort » était difficile à prononcer dans ce monde, comme s’il était l’objet d’un tabou, encore plus que dans notre monde.
    « Je crois bien. » Répondit un agent en uniforme, un cochon anthropomorphe obèse.
    « Qu’est-ce qu’on doit faire ? » Demanda un autre agent en blouse blanche, un perroquet anthropomorphe au long cou.
    « On doit examiner le corps. » Répondit le chien anthropomorphe.
    « Tu y vas ? » Demanda le perroquet.
    « Eh bien, répondit le chien, c’est que je n’ai jamais fait çà, tu as plus d’expérience que moi. »
    « Je n’ai jamais fait çà non plus, qui l’a déjà fait ? » Demanda-t-il en s’adressant à ses collègues dans la pièce. Tout le monde se tut, jamais aucun policier n’avait été confronté à une histoire de meurtre. C’est étonnant pour des policiers, mais on était dans l’univers des Duck, ne l’oublions pas, et il n’y avait pas de meurtre dans cet univers.
    Le chien anthropomorphe frisé découvrit le corps d’une main tremblante, et en voyant le teint verdâtre du Rapetou, ses yeux révulsés et son affreuse grimace, qui eut été comique s’il eut été vivant, les coins des lèvres rabattues vers le bas, avec une expression d’horreur incrédule, comme s’il s’était dit avant de mourir : « Ce n’est pas possible, çà n’est pas en train de m’arriver, il doit y avoir une erreur », il fut pris d’un malaise et faillit perdre connaissance. Son camarade cochon anthropomorphe en uniforme le rattrapa et l’éloigna du corps.
    Le perroquet anthropomorphe au long cou prit le relais ; il fit preuve de plus de résistance que son collègue, mais il était à deux doigts de défaillir à son tour. En fait, il se contenta de fixer le Rapetou mort avec un air hagard pendant quelques minutes et de le recouvrir avec le drap. Ensuite, il sortit un carnet de formulaire jaunis par le temps, où était inscrit « Formulaires de Certificats de Décès. », il était à peine entamé, et sur la souche du dernier à avoir été utilisé, la date remontait à une époque lointaine.
    Pendant que le perroquet anthropomorphe remplissait le formulaire, Picsou était en pleine conversation avec un inspecteur de Police, et il commençait à s’impatienter, car l’officier n’avait pas l’esprit tellement vif. C’était un chien anthropomorphe, un bouledogue plus exactement, avec un chapeau melon et qui fumait le cigare. « Récapitulons, dit il, les Rapetou se sont introduits chez vous par effraction, ils s’apprêtaient à vous ligoter sur une chaise quand l’un d’eux s’est senti mal. »
    « Oui, répondit Picsou agacé, il hurlait de douleur en se débattant. »
    « Et puis sa poitrine a éclaté. »
    « Mais oui ! Combien de fois faudra-t-il que je le répète ? J’ai subi un choc psychologique, j’aimerais bien que vous me fichiez la paix un moment pour que je me remette. »
    « Racontez moi encore. » Lui ordonna l’inspecteur.
    «Picsou soupira, puis il continua : « Sa poitrine a éclaté, il y a du sang qui a jailli partout, sur nous et sur les murs, comme vous voyez, et une créature en est sortie qui s’est sauvée par la fenêtre. »
    « Et le Rapetou ? »
    « Il est mort sur le coup, qu’est-ce que vous croyez ? »
    « Comment était cette créature ? »
    Picsou leva les yeux au ciel en tentant de se contenir, et il répondit : « Pour la centième fois, elle devait mesurer cinquante centimètre, çà ressemblait à un serpent ou un reptile qui s’est sauvée par la fenêtre quelques instants après. Çà a été tellement rapide que nous n’avons pas eu le temps de la détailler. »
    « Comment cette créature s’est elle retrouvée dans la poitrine du Rapetou ? » picsou
    Picsou s’emporta, il se mit à trépigner sur place en criant : « Je vous ai dit que je n’en savais rien ! Vous êtes bouché ou quoi ? Vous n’avez qu’à le demander aux Rapetou, ils doivent le savoir, eux ! »
    « Je ne manquerai pas de leur demander, mais je vous prie d’être poli avec un agent des services de police, sinon je vous embarque aussi ! » Répondit l’inspecteur piqué au vif.
    « Groumf ! » Fit Picsou en se renfrognant.
    « Bon, je crois en avoir fini avec vous pour l’instant, veuillez rester à la disposition de la police et ne pas quitter la ville. »
    Un attroupement s’était formé au pied de la colline Killmotor, on disait qu’il s’était passé quelque chose de grave dans le coffre de Balthazar Picsou, mais personne ne savait quoi. Il y avait essentiellement des curieux, mais aussi des journalistes ainsi que les paparazzi habituels qui épiaient les aller et venues de Picsou jour et nuit.
    Plusieurs véhicules de police était stationnés devant l’entrée du coffre, ainsi qu’une ambulance. Il y eut des exclamations, et les photographes zoomèrent sur deux agents en blouse blanche à la mine bouleversée, qui sortaient un brancard entièrement recouvert d’un drap. De loin, on devinait les formes d’un corps. Ce qui attira le plus l’attention, ce fut la grosse tâche rouge que l’on remarquait à la hauteur de la poitrine.
    Ensuite, on vit les Rapetou menottés, la mine abattue, embarqués dans un fourgon de police. Quelqu’un suggéra qu’ils avaient assassiné Picsou, mais quand ils virent sortir Picsou bel et bien vivant, ils pensèrent que c’était lui qui avait tué un des Rapetou, puisqu’ils n’étaient que trois.
    Le corps du Rapetou fut chargé dans l‘ambulance qui démarra aussitôt. Le fourgon transportant les Rapetou se mit en route et l’inspecteur monta dans sa voiture de fonction pour la suivre.
    Donald les croisa en montant la colline Killmotor au volant de sa 313, il était accompagné des enfants, et ils rendaient visite à leur oncle pour lui raconter ce qui leur était arrivé au matin avec les Rapetou. Ils ignoraient complètement ce qui venait de lui arriver.

    Les Rapetou furent interrogés au commissariat, et ils racontèrent les circonstances dans lesquelles ils avaient trouvé l’œuf dans la météorite et où leur frère s’était retrouvé avec cette affreuse araignée jaune agrippée à sa figure.
    La police se rendit avec des savants sur les lieux du crash, la météorite, la créature morte en forme d’araignée à queue et l’œuf vide furent étudiés, sans résultat probants. Il s’avérait que l’œuf contenait une substance visqueuse composée de protéines, d’enzymes, d’acides aminés et diverses substances, vraisemblablement destinés nourrir la créature en forme d’araignée que l’hôpital de Donaldville avait gardé dans une chambre froide. Cela ne fit pas avancer les choses, pas plus que l’analyse de la météorite s’avérant n’être que de la vulgaire régolite.

    Communiqué
    Donaldville était sous le choc ; on avait retrouvé un chien non-anthropomorphe déchiqueté sauvagement. Dans notre monde, ce genre de fait divers est tellement banale qu’il ne serait même pas mentionné dans l’entrefilet d’un journal. Mais dans cet univers, c’était exceptionnel, et le drame fit les gros titres des journaux au Calisota, mais aussi dans le reste des États-Unis et à l’étranger. En effet, personne dans ce monde parallèle, nulle créature fut elle humaine, animale anthropomorphe ou non n’aurait commis un tel acte de barbarie. C’était comme si une loi naturelle avait été violée.
    Officiellement, il s'agissait d'une bête sauvage échappée du zoo de Donaldville (la police n’avait pas donné plus de détails à ce sujet), un communiqué fut diffusé à la télévision et à la radio recommandant la prudence à la population. Il était conseillé de rentrer chez soi si l’on n’avait rien à faire dehors, de ne pas laisser sortir les enfants ni les animaux domestiques et de bien fermer portes et fenêtres. Si l’on voyait cette créature, il était conseillé de ne pas s’en approcher et de la signaler immédiatement à la police.

    Le signe des trois chardonnerets
    Il était 20 h, encore quatre heures, et la journée allait prendre fin. Gontran Bonheur, un jars anthropomorphe (d’ascendance canard anthropomorphe du côté de sa mère), était affalé devant la télévision, l’air abattu, les cheveux ébouriffés. Habituellement, il était toujours joyeux, plein d‘assurance, élégamment vêtu du haut d’un costume (le bas n’était pas vêtu, je vous avais expliqué à propos des oiseaux anthropomorphes de ce monde), avec sa cravate à nœud-papillon, ses cheveux crantés, son chapeau mou et ses guêtres autour des palmes.
    Il était célibataire, bien qu’il courtisât Daisy assez souvent, ce qui excitait la jalousie de Donald, qui n’avait jamais supporté la chance de son cousin. Et Daisy, qui sortait tantôt avec l’un tantôt avec l’autre entretenait le feu de cette rivalité.
    Cependant, le cœur de Daisy appartenait à Donald, elle se servait de Gontran pour le faire enrager, et Gontran lui-même en était conscient, mais il prenait plaisir à faire enrager son cousin. Il gardait néanmoins le secret espoir que Daisy put l’aimer, mais il ne se faisait pas trop d’illusions. Était ce pour cela qu’il se trouvait dans un tel état d’abattement ? Pas du tout.
    Comme chacun le sait, Gontran était connu pour sa chance insolente, la chance était son patrimoine familial. C’était sa mère Daphné, la fille d’Elvire Duck (ou Grand-Mère Donald) née le même jour que lui, qui lui avait transmis ce don extraordinaire.
    On ne pouvait imaginer une telle chance ; dans notre monde, le meilleur calcul de probabilité ne saurait concevoir un tel enchainement de circonstances à chaque fois favorables à Gontran. Quand il n’avait pas un sou en poche et qu’il avait envie de manger au restaurant, il trouvait systématiquement un portefeuille rempli de billets de banque, ou bien il se faisait inviter par un riche excentrique qui le couvrait ensuite de cadeaux.
    Il gagnait à tous les jeux de hasard, que ce fut une loterie, le loto ou le tiercé, il remportait à chaque fois le gros lot. Et cela ne lui arrivait pas de temps en temps, mais de manière constante et régulière, ce qui lui assurait ainsi un train de vie confortable.
    Gontran ne souhaitait pas faire le moindre effort pour obtenir quelque chose que sa chance put lui offrir, et quand les choses tournaient mal, il se résignait immédiatement, certain qu'un portefeuille perdu l'attendait au prochain coin de rue. Il détestait travailler, mais il avait une seule fois accepté un emploi et gagné deux sous. Pris de honte, il les avait enfermés dans un coffre-fort. « Il y a longtemps, dans un moment de faiblesse, j'ai travaillé ! » Déclara-t-il plus tard.
    Qu’est-ce que ce jour là avait donc de si spécial, pourquoi était il dans cet état ? Il jouissait pourtant d’une chance exceptionnelle, seulement, il y avait une petite restriction à cette chance : tous les ans, le jour de son anniversaire, la malchance le frappait durant vingt quatre heures, de minuit à minuit de la nuit suivante.
    Comment cela avait il commencé ? Jusqu’à l’âge de, disons dix ans (il est toujours difficile de connaître l’âge exact d’un habitant de l’univers des Duck), la chance de Gontran ne connaissait d’interruption à aucun moment de l’année. Cette malédiction avait commencé le jour de on anniversaire, par la faute de Donald. Mais pour comprendre, remontons encore dans le temps, jusqu’au jour de la naissance de sa mère.
    peinture Ce jour là, un peintre itinérant avait peint trois chardonnerets sur la grange de ses parents, et à l’arrière de la grange, il avait peint les mêmes chardonnerets inversés symbolisant la malchance qui se trouvait désormais derrière elle. Le chardonneret est symbole de chance dans la tradition germanique, tradition perpétuée aux États-Unis par les immigrés allemands de Pennsylvanie.
    Quelques années plus tard, au cours de l'anniversaire de Gontran, Donald avait décidé de jouer un vilain tour à son cousin. Il lui fit croire qu’il avait une surprise pour lui derrière la grange, là où se trouvait le dessin représentant les trois chardonnerets inversés symbole de malchance. Pendant que Gontran avait le dos tourné, Donald lui mit un crochet dans son col rattaché à une corde fixée à une poulie et il le souleva jusqu’à la hauteur du dessin. Gontran ne s‘inquiétait pas, il savait que sa chance le tirerait de ce mauvais pas, il n’en doutait pas une seconde.
    À ce moment là, un orage s’approcha de la ferme et éclata au dessus de la grange, la foudre frappa le paratonnerre, l’électricité se communiqua à travers le dessin par la corde, passa par le corps de Gontran, qui n’en souffrit pas du fait que ses pieds ne touchaient pas le sol, jusqu’à Donald qui reçut la décharge de plein fouet.
    Sans doute à cause d’une parcelle de l’énergie mystique du dessin que communiqua la foudre à Gontran, à partir de ce jour, sa chance l’abandonnait systématiquement l’espace de vingt quatre heures tous les ans le jour de son anniversaire. Quand à Donald, il avait probablement reçu une plus grosse parcelle d’énergie mystique, car la malchance se mit à le poursuivre sans répit tous les jours de sa vie.
    Aujourd’hui, c’était son anniversaire, et comme chaque année, il restait enfermé chez lui jusqu‘à ce que sonne minuit. Il valait mieux pour lui rester ne sécurité, car il savait que s’il s’aventurait dehors, il lui arriverait sûrement quelque chose du genre se faire renverser par une voiture ou recevoir un pot de fleurs sur la tête, ou pire encore.
    Comme tous les ans, il regardait la télévision en espérant qu’elle ne tombe pas en panne, car il ne touchait à rien, de peur de s’électrocuter avec un appareil électrique ou de se coincer les doigts dans un tiroir. Il avait mis au point un système similaire à ceux de certains juifs pratiquants le jour du Shabbath, grâce à des minuteries programmées à l’avance, la télévision et les lumières s’allumaient sans qu’ils eut besoin d’intervenir.
    gontran-malheur3.jpg La soirée tirait à sa fin, à minuit, il serait délivré de la malédiction pour douze nouveaux mois. La télévision diffusait le communiqué de mise en garde contre le reptile qui rôdait en ville, mais Gontran n’y prêtait guère attention, il était trop accaparé par son jour de malchance annuel qui semblait ne pas en finir. gontran-malheur4.jpg
    Soudain, il entendit du bruit à la cave. Méfiant, il se leva, saisit une batte de base-ball dans le seau à parapluies et ouvrit prudemment la porte de la cave. Il n’en avait pas programmé la lumière, il n’avait pas pensé devoir s’en servir. Il se hasarda malgré tout à tourner l’interrupteur, et une faible lueur éclaira l’escalier.
    « Il y a quelqu’un ? Cria-t-il. Attention, je suis armé ! »
    Il n’y eut pas de réponse, mais il entendit un bruit, quelqu’un ou quelque chose qui se déplaçait.
    « Sortez de là, ou j’appelle la police ! » Menaça-t-il.
    Le bruit se déplaça jusqu’à l’escalier et Gontran entendit quelqu’un gravir les marches. Il se pencha en avant pour voir l’aspect de son visiteur, et il se retrouva nez à nez avec une créature de cauchemar ; une figure grimaçante dépourvue de nez et d'yeux avec des lèvres relevées sur deux rangées de dents pointues comme des poignards.
    Gontran poussa un cri de frayeur et se sauva à toute jambe. La créature le poursuivit, il s’enfuit au salon, referma la porte et la bloqua avec une chaise. La créature se mit à cogner avec une force brutale, au point que bois commençait à craquer sous les coups. Voyant que la porte allait céder d’un moment à l’autre, Gontran se précipita dans la rue en criant : « À l’aide ! Au secours ! »
    La porte du salon céda, la créature se rua à l’intérieur, s’immobilisa un instant en levant sa tête oblongue, comme pour humer l’air, puis elle bondit sur les traces de Gontran. En quelques sauts, elle l’avait rattrapé, et en virevoltant gracieusement au dessus de sa tête, elle atterrit souplement en face de lui.
    L’espace d’un instant, Gontran fut paralysé par la peur, il voulut se sauver, mais la créature lui saisit la tête entre ses grandes mains griffues à six doigts. Elle semblait l’examiner et le renifler, bien qu’elle n’eut ni yeux ni nez (ouf ! C‘est ardu comme tournure de phrase, non ?), le haut de son visage ressemblant à un heaume.
    Ses babines se retroussèrent sur une herse de dents métalliques et une bave gluante en dégoulina. Un vague espoir lui traversa l’esprit ; peut être la créature voulait communiquer, mais il s’estompa bien vite lorsqu’elle poussa un feulement sinistre, le souffle de son haleine acide qui frappa ses narines lui donna la nausée. Malgré les longs doigts crochus qui bloquaient son bec, il parvint à articuler : « Bonjour, je m’appelle Gontran, et vous, c’est quoi votre petit nom ? »
    La créature ouvrit grand ses mâchoires, et à l’intérieur, il put y distinguer une deuxième paire plus petite qui sortait lentement au bout d’une sorte de tentacule. La deuxième paire de mâchoires s’arrêta à quelques centimètres de sa figure, s’immobilisa, se rétracta et ressortit à une vitesse fulgurante, transperçant le crâne de Gontran au milieu du front avec un sinistre craquement.

    À suivre …



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